Le MegaOctet existe depuis 25 ans. Comment expliquer une telle longévité? D’abord, par rapport, à son chef d’orchestre et compositeur. Andy Emler est nourri d’une formation éclectique et très large.

Au Conservatoire de Paris, il a étudié la musique française, de Ravel, Debussy et Fauré, il a fait partie de la classe d’orchestration de Marius Constant, a découvert l’univers du rock aux claviers et très vite celui du jazz en faisant notamment partie, aux claviers, du premier Orchestre National de France dirigé par François Jeanneau en 1986.

Ensuite, par ses qualités de chef d’orchestre et de capitaine d’équipe à l’esprit ouvert: pour cela, tout amateur de jazz devrait se (re)plonger dans le DVD de Richard Bois: « Zicocratie, diriger un groupe mais dans quel sens? » Emler compose, imagine des alliances sonores mais, en répétition, reste ouvert à la discussion et aux suggestions de ses musiciens. Au gré des années et des différentes formations, le MegaOctet est avant tout une équipe, au sens sportif comme musical, chacun y trouve sa place, dans une volonté inextinguible d’être le plus performant, non pour soi mais avec les autres. Une toute autre vision de la musique que celle, capitaliste, véhiculée, par exemple, par le film « Wiplash » de Xavier Chazelle: l’histoire d’un jeune batteur drillé, dressé comme un fauve, pour devenir le batteur le plus performant de sa génération, au risque d’écraser les autres.

En 1989, Andy Emler fonde son premier MegaOctet, avec Beñat Achiary (voix), Nguyên Lê (elg), Michel Massot (tb, tuba), Philippe Sellam (as,ss), Simon Spang Hansen (ts, fl), François Moutin (cb), Tony Rabeson (dm) et François Verly (perc) et enregistre pour Label Bleu en 1990. Après « Headgames » de 92, Andy Emler se consacre à d’autres projets, duo avec Patrick Sellam, rencontre avec Marc Ducret.

En 2006, il refonde le MegaOctet, avec, entre autres, Laurent Blondiau à la trompette et Thomas de Pourquery au saxophone. En 2007, la formation accueille neuf musiciens dont Médéric Collignon à la trompette pour « West in peace ». On retrouve Médéric Collignon, en 2009, pour « Crouch, touch et engage », un des plus grands succès du groupe. Pour « E Total » en 2012, on retrouve Blondiau et de Pourquery; à partir d' »Obsession 3″ de 2015, Guillaume Orti succède à Thomas de Pourquery, comme pour « A moment for » en 2017.

Autre expérience intéressante, une commande de France Musique: « Présences d’esprit », rencontre avec Archimusic et la vocaliste Elise Caron.

L’originalité de ce « Just a beginning » est d’être le premier enregistrement live du groupe, réalisé par Vincent Mahey, lors du festival D’Jazz de Nevers et d’avoir pour projet d’inviter trois « anciens »: le guitariste d’origine vietnamienne Nguyên Lê, le trompettiste et voltigeur vocal Médéric Collignon et le saxophoniste alto et vocaliste Thomas de Pourquery.

L’album comporte quatre longues compositions: 17 minutes pour « E Total », extrait de l’album éponyme, 9 pour « Go down Swinging » de « Crouch, touch et engage » qui accueillent Thomas de Pourquery en invité et principal soliste. Mais aussi, « Les ions sauvages » avec Médéric Collignon et « Just a beginning » avec Nguyên Lê pour un époustouflant solo de guitare électrique. Il faut souligner que chacun de ces solos d’invités se loge, avec une sens aiguisé de l’arrangement, dans la masse sonore et percussive de l’orchestre : Laurent Blondiau (tp), Philippe Sellam (as), Guillaume Orti (as), Laurent Dehors (ts, cornemuse), Claude Tchamitchian (cb), Eric Echampard (dm) et François Verly qui n’apporte pas seulement des colorations avec différents tambourins mais une réelle pulsion avec marimba et de multiples percussions. Ainsi « E Total » s’ouvre sur une intro aux sonorités sourdes, au cours de laquelle se mêle tuba, marimba puis piano, avant l’explosion des souffleurs, galvanisés par la cornemuse virevoltante de Laurent Dehors. Après plusieurs ruptures de rythme, avec dialogue entre piano et guitare, Thomas de Pourquery se lance dans un solo vertigineux suivi d’un retour au groupe dans une étonnante alchimie humaine.

Le deuxième thème offre une large place à Médéric Collignon, exploration vocale, beat box et cornet aventureux, en osmose avec la guitare de Nguyên Lê et la masse sonore du MegaOctet, avec piano très blues et masse sonore de la formation. Ce thème s’enchaîne avec « Just a beginning » avec une guitare électrique aux colorations bistrées, et effets d’écho, retour au groupe et long solo très imaginatif.

La quatrième plage laisse une large place aux fulgurations vocales de Thomas de Pourquery, une alternance orchestre-vocal puis un passage à deux trompettes. On retrouve en live toute la puissance du MegaOctet avec cette particularité d’un plus espace laissé aux solistes mais toujours en parfait dialogue avec le nonet de base.

L’enregistrement restitue toute la spontanéité et la fulgurance du concert live.

© Claude Loxhay
Une collaboration JazzMania / Jazz’halo

 

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