Compagnie aime l'air

Concert de sortie de l’album No Rush dans Jazz Magazine

[et_pb_section fb_built=”1″ _builder_version=”4.16″ global_colors_info=”{}”][et_pb_row _builder_version=”4.16″ background_size=”initial” background_position=”top_left” background_repeat=”repeat” global_colors_info=”{}”][et_pb_column type=”4_4″ _builder_version=”4.16″ custom_padding=”|||” global_colors_info=”{}” custom_padding__hover=”|||”][et_pb_text _builder_version=”4.16″ background_size=”initial” background_position=”top_left” background_repeat=”repeat” global_colors_info=”{}”]

Hier 12 mai, au Pan Piper, le MegaOctet d’Andy Emler était l’invité de l’ensemble Ghost Rhythms. Retrouvaille et découverte.

« Hé ! Tu te souviens ? » C’est Guillaume Orti qui interpelle. « La dernière fois que nous nous sommes vus, c’était ici au Pan Piper, exactement à cet endroit devant le bar » Et comment ! Je m’en souviens. Ce 14 mars 2020, l’Andy Emler MegaOctet présentait son programme Just a Beginning devant une jauge réduite pour cause de Covid. Dans un bar, avant le concert, j’avais vu au petit écran Édouard Philippe annoncer le confinement le plus strict à partir de minuit. Et le concert s’était terminé au bar dont j’avais contribué à vider le fût à bière avec les musiciens entre tristesse, inquiétude, colère, une certaine excitation ou une philosophie certaine : quoiqu’il en coûte, certains entrevoyaient déjà de quelle façon mettre à profit cette pause forcée. Pour Andy : « prendre son temps, écouter, composer. Ce moment d’intense solitude que fut le confinement a été l’occasion d’une réécoute des musiques du XXème siècle (Arnold Schönberg, Witold Lutoslawsky, György Ligeti, Maurice Ohana, Philippe Manoury, Tristan Murail, Bernard Cavanna…), puis d’une intense phase d’écriture. » Il en résulta “No Rush”, l’album enregistré en août 2021 et dont le programme fut créé sur scène au Triton le 17 décembre 2020.

Retour donc du MegaOctet au Pan Piper, mais cette fois-ci en invité d’un autre groupe : Ghost Rhythms, dont la bande d’Andy Emler assure la première partie. Commençons par les nouveaux venus, selon l’ordre dans lequel nous aurions d’ailleurs préféré les découvrir, car s’ils reconnaissent leur dette au MegaOctet qui les a inspirés sur les chemins de l’originalité et de la maturité, il y va de l’écoute musicale comme de l’appréciation des grands vins. On déguste les vieux millésimes après les dernières récoltes aussi bonnes soient-elles.

Julien Bigorgne (flute), Maxime Thiébaut (sax ténor), Nadia Mejri-Chapelle (violoncelle), Guillaume Aventurin (guitares), Alexis Collin (accordéon), Camille Petit (piano, composition), Gregory Kosovski (basse électrique), Xavier Gélard (batterie, composition), Morgan Lowenstein (percussions).

Certes, l’observateur de la scène française ne devrait pas se vanter de les entendre pour la première fois, car ces Ghost Rhythms ne sont pas nés de la dernière pluie. Leurs deux co-leaders, le batteur Xavier Gélard et le pianiste Camille Petit, se sont connus au lycée et leurs aventures communes ont débuté dans le cadre d’un amateurisme toujours plus éclairé à l’écoute du progressive rock et des compositeurs de musique de film, puis de cette nouvelle pensée rythmique “fin de siècle” (et début d’un autre) qui s’est affranchie de l’homothétie métrique du swing à l’ancienne. Après Chamane dissout en 2005, ils forment Ghost Rhythms, en référence à ces rythmes fantômes qui habitent la nouvelle pensée polyphonique-polymétrique. D’année en année, le groupe a muri jusqu’à convaincre le fameux label indépendant américain Cuneiform de rejoindre son catalogue pour leur quatrième album “Live at Yoshiwara” (2019). Ils en sont aujourd’hui à leur sixième avec “Spectral Music”.

Si l’on est loin des expériences spectrales tentées par Frédéric Maurin avec sa Ping Machine, la marque du progressive rock et du minimalisme se mêle à des réminiscences de musiques afro-latines, balkaniques ou orientales, au gré de grooves, couleurs harmoniques et timbrales rondement agencés, la fraîcheur des idées se combinant à la tenue des interventions improvisées de Guillaume Aventurin, Alexis Collin et Julien Bigorgne, chacun – en front line et rythmique – contribuant à une authentique et très cohérente identité collective.

Quant au MegaOctet dont on comprend qu’il ait pu leur servir d’exemple en termes de développement musical et de complicité collective autour d’une écriture, il a souvent été commenté dans ces pages mais nous a une nouvelle fois frappé par tant d’énergie dans la cohésion servie pourtant par des personnalités totalement contrastées :

Laurent Blondiau (trompette), Philippe Sellam, Guillaume Orti (sax alto), Laurent Dehors (sax ténor, cornemuse), François Thuillier (tuba), Andy Emler (piano, compostion), Claude Tchamitchian (contrebasse), Christophe Lavergne (batterie), François Verly (percussions) + Nguyên Lê (guitare électrique).

C’est Laurent Dehors qui ouvre le concert. Mais quel est donc cet air que je connais par cœur ? Il me faudra poser la question tellement le décadrage de cette interprétation à la cornemuse m’aura dérouté : La Lettre à Élise ! Après l’humour, l’humeur ! La bonne humeur de ces grooves telluriques qui déboulent soudain, que la puissante sonorisation – aïe, j’ai oublié mes protections, les tympans vont encore me tinter – fait s’ébouler sur nous, tandis que, sur la première ligne des vents, on se regarde, on se surveille, pour lancer les lignes thématiques longues ou riffées, ludiques ou déclamatoires, la ligne de partage entre rythmique et front line étant d’ailleurs constamment transgressée.

On connaît déjà l’étourdissement d’E Total tout comme l’irrésistible montée au but de Touch, Crouch, Engage nous est familière ; on sait ce dont sont capables Laurent Blondiau, Philippe Sellam et François Thuillier, les trois solistes privilégiés du concert, mais il y a quelque chose de très particulier ce soir : c’est le remplacement d’Éric Échampard par Christophe Lavergne. L’élégance arithmétique qui épouse habituellement à la perfection les dentures de l’engrenage Emler-Tchamitchian cède soudain la place, sous les baguettes de Lavergne, à quelque orage quantique inqualifiable mais où François Verly engouffre sa horde de percussions frappées d’une jubilation nouvelle. Est invité alors, pour calmer le jeu, Nguyên Lê l’historique, le grand ancien, membre du premier MegaOctet (avec Verly et Sellam d’ailleurs). De sa guitare soumise à mille effets, il fait monter des brumes étranges qu’il multiplie en courants contraires (“just as beginning” pour paraphraser le titre du morceau), alors qu’un groove de tuba, d’abord imperceptible (ou “impercepté”), s’impose progressivement jusqu’à entrainer la guitare dans un grandiose maelstrom hendrixien qui nous hantera longtemps après que l’on ait quitté le Pan Piper et son quartier, vers des banlieues lointaines. Franck Bergerot

PS : On retrouvera Andy Emler et le MegaOctet dans son nouveau projet “Mak’em Move” avec la compagnie de danse Lady Rocks, le 16 mai au Perreux-sur-Marne (Centre des Bords de Marne) ; avec le trio ETE (Tchamtichian / Échampard) le 20 juin à Paris (Sunside) ; avec le même trio plus un octuor de clarinettes le 17 juin aux Lilas (Le Triton) ; il séjournera enfin deux jours en juin à Lurs, ce village de Haute-Provence dont Giono avait fait sa Grèce imaginaire (l’Osons Jazz Club), le 24 avec le trio ETE et le 25 en solo dans son programme “My Own Ravel”.

Lire l’article

[/et_pb_text][/et_pb_column][/et_pb_row][/et_pb_section]

Partagez cette actualité