Pourquoi avoir fait le choix d’Andy pour le projet Jeux ? Et spécifiquement pour cette rencontre avec l’Ensemble intercontemporain ?
Andy possède une très forte identité en tant que compositeur, ainsi qu’une relation essentielle au jeu, au groove et à l’instant, à toutes les composantes de l’improvisation. Pour un projet comme Jeux, dans lequel je cherchais précisément à proposer un regard croisé sur l’écriture et l’improvisation, dépassant les cadres stylistiques habituels et évitant l’écueil d’opposer le jazz d’un côté et la musique contemporaine de l’autre, il me semblait essentiel d’inviter une figure capable de faire dialoguer ces deux pôles sans hiérarchie et de façon totalement naturelle.
La rencontre avec l’Ensemble Intercontemporain rendait ce choix encore plus évident. Andy n’arrive pas face à ce type d’ensemble avec un complexe ou une posture d’extériorité. Il ne cherche ni à imiter les codes de la musique contemporaine, ni à s’y opposer frontalement. Il vient avec son langage propre, très construit, très incarné, et c’est précisément cette altérité assumée qui rend la rencontre féconde.
Par ailleurs, Andy fait partie des musiciens que j’écoute depuis mes années de formation, et c’était pour moi une manière de rendre hommage à l’influence qu’il a eue sur notre génération.
Comment les apports d’Andy (grooves, humour et improvisation) ont-ils enrichi ou complété la proposition de Sofia Avramidou ?
La proposition de Sofia Avramidou est profondément structurée par une pensée du timbre, de la texture et de la dramaturgie. L’apport d’Andy introduit une énergie rythmique directe, une physicalité du son, ainsi qu’une capacité à déplacer les attentes par l’humour, par le jeu.
Ce que j’ai particulièrement aimé dans cette collaboration, c’est la manière dont chacune et chacun d’entre nous a pu proposer ses propres « jeux », à la fois aux musiciennes et musiciens de l’ensemble, et au public, pour finalement produire une œuvre collective cohérente.
Quel est ton regard sur Andy chef d’orchestre ? Son approche a-t-elle eu une influence sur la tienne à la tête de l’ONJ ?
Je me souviens qu’au visionnage du documentaire Zicocratie, sorti en 2013, je m’étais dit que je retrouvais, dans la façon très démocratique de gérer son MégaOctet, ce que j’essayais alors de mettre en place au sein de mon propre orchestre.
Je trouve chez Andy un attachement profond à des valeurs humanistes. Cette approche plus démocratique, qui repose sur la clarté du désir musical plutôt que sur une verticalité hiérarchique, a clairement influencé ma manière de diriger. Le plaisir de faire de la musique ensemble est, pour lui comme pour moi, au cœur de notre manière de concevoir la musique.
Dans le texte de présentation de Jeux, tu dis qu’Andy est un modèle pour ta génération de compositeurs : sur quels aspects ?
Artistiquement, Andy est un modèle parce qu’il a su construire ce qui est probablement le plus difficile à façonner : un style d’écriture reconnaissable dès la première mesure. De plus, avec son orchestre, il a imaginé et réalisé, bien avant nous, une musique qui dépasse le cadre habituel des genres musicaux — une « nouvelle musique vivante d’aujourd’hui », ainsi qu’il aime à la désigner.
Il montre qu’il est possible d’être radical sans dogmatisme, exigeant sans austérité. Il a défriché le chemin pour nous et nous a grand ouvert les oreilles et l’esprit. Pour tout cela, je souhaite lui dire merci !



